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Resumé d'un lecteur - Le Rwanda : les virages ratés - Nahimana F.
Éditions Sources du Nil - 2007
NB : c'est un resumé d'un lecteur
Ce livre préfacé par le Docteur Helmut Strizek, Allemand spécialiste du Rwanda, amène le lecteur jusqu’aux sources des drames rwandais. Dans l’introduction, Ferdinand Nahimana prend soin de montrer que ces drames ont essentiellement pour causes profondes le refus de l’autre et le mépris pour autrui générateurs de conflits et de malheurs. Dans chaque chapitre de son livre, cet auteur relève ces malheurs et montre ce que les Rwandais auraient dû faire pour éviter les catastrophes. Il indique les voies que son peuple aurait dû prendre pour résoudre ses problèmes et élever les piliers solides de son développement. Pour lui, ces piliers du développement s’appellent paix, justice, liberté, égalité, sécurité, épanouissement pour tous. Il y a développement réel quand toutes les couches de la population participent activement, sincèrement et librement à l’oeuvre de construction de leur pays. Il y a développement quand toute la communauté nationale jouit des bénéfices de cet engagement, de ce travail. Il est inutile de parler de développement quand il existe dans le pays un groupe, petit soit-il, marginalisé, tenu à l’écart ou oublié et frustré.
Ainsi, dans les chapitres 1 et 2,
il fait constater que sous les rois tutsis le pays s’est agrandi dans le sang et l’oppression, dans la négation absolue des droits fondamentaux de la population. Cette situation a empêché l’épanouissement de tout le peuple rwandais; elle a conduit au soulèvement populaire qui a emporté la monarchie en 1959. Ces chapitres permettent de se rendre compte que contrairement à certaines thèses qui embellissent faussement le Rwanda d’avant 1959, il n’y avait pas d’harmonie dans ce pays alors gangrené par le système d’inégalité et d’exclusion pratiqué par la minorité tutsi au pouvoir.
Cependant, Ferdinand Nahimana note que la révolution de 1959 qui a permis le passage de la monarchie à la République n’a pas totalement contribué à l’éclosion d’une nouvelle société. Les tenants de la monarchie déchus, au lieu de participer avec les autres acteurs sociopolitiques au jeu démocratique, ont préféré l’exil dans les pays limitrophes où ils se sont organisés et ont attaqué le Rwanda. Sur le plan des relations entre les Hutu (groupe numériquement majoritaire: environ 85%) et les Tutsi (environ 14%) la cassure a été énorme. Ce faisant, le peuple rwandais a perdu l’occasion de se réconcilier avec lui-même et avec son histoire.
Même si débarrassée du joug féodo-monarchique et colonial, la population rwandaise s’est montrée travailleuse et prête à tous les sacrifices pour sortir de la pauvreté et de l’ignorance due à un analphabétisme presque total, ses efforts ont été anéantis ou freinés par des attaques répétées des Inyenzi (rebelles recrutés essentiellement parmi les réfugiés tutsi).
Le chapitre 3
montre combien les responsables de la première République ont dépensé leur énergie à contrecarrer ces attaques et ont même été entraînés dans la violation des droits de l’homme et des citoyens jusqu’à persécuter les Tutsi restés dans le pays et à les exclure de certains postes de responsabilités dans les organes de l’État. N’étant pas parvenus à se débarrassés totalement des pratiques féodales surannées, les dirigeants de la première République sont tombés, au bout de dix ans, dans l’oppression, l’exclusion et le népotisme. C’est ainsi que les hommes autour du Président Grégoire Kayibanda ont fait naître le régionalisme, pratique consistant à concentrer tout le pouvoir politique, économique et même social dans les mains des ressortissants de la région du centre-sud et d’exclure des postes de responsabilités les Hutu du nord. C’est également dans ce cadre qu’ils ont suscité et fait exécuter la chasse aux Tutsi en février-mars 1973 provoquant encore le départ en exil de plusieurs Tutsi.
Arrivé au pouvoir en faveur d’un coup d’État, le 5 juillet 1973, le Général Major Juvénal Habyarimana a annoncé qu’il allait mettre fin à ces malheurs. De fait, avec sa politique de paix et d’unité, il fit tout pour redonner confiance aux Tutsi restés au Rwanda. Mais il ne parvint pas à enrayer le régionalisme.
Le chapitre 4
montre que le centre du pouvoir politique étant passé des préfectures de Gitarama, Butare, Kibuye et Gikongoro (“centre-sud”) à celles de Gisenyi, Ruhengeri et un peu Byumba (“nord”), certains dirigeants ressortissant de ces dernières ont pratiqué à leur tour le régionalisme à l’encontre des gens du centre-sud pendant que ces derniers, dans un esprit également régionaliste, continuaient à exclure des entreprises dont ils avaient la gestion presque tout natif du nord. Ferdinand Nahimana permet de se rendre compte que le régionalisme au Rwanda est plus complexe que les gens ont souvent l’habitude de le présenter.
Le chapitre 4 montre également que le Président Habyarimana et ses collaborateurs ont mis trop de temps avant de s’attaquer de façon décisive au problème des réfugiés tutsi. Le retard ainsi enregistré fut une des causes de la montée de l’esprit guerrier et revanchard parmi les jeunes Tutsi nés et/ou grandis dans l’exil. La solution trouvée pendant l’été de 1990 de laisser les réfugiés qui le souhaitent rentrer dans leur pays ne les a pas détournés de leur plan de reconquérir le pouvoir perdu par leurs parents en 1959, de chasser les Hutu non seulement de la gestion de l’État mais d’éliminer également physiquement plusieurs membres du groupe ethnique hutu ou de les contraindre à l’exil afin de faire place aux Tutsi rentrant au Rwanda. Regroupés dans un front politico-militaire dénommé FPR, ils ont attaqué ce pays le 1er octobre 1990.
En attaquant, les dirigeants militaires et politiques de ce front ont pensé que leur guerre allait être accueillie avec allégresse par la population intérieure. Ce fut le contraire: elle fut rejetée, dénoncée, décriée par l’ensemble de la population rwandaise (Hutu, Tutsi et Twa). Le FPR n’a finalement été légitimé que par la France, la Belgique et les Etats-Unis qui ont forcé les dirigeants rwandais à négocier avec lui. Dans le chapitre 5 de son livre, Ferdinand Nahimana décrit le ballet diplomatique qui a suivi le déclenchement de la guerre et montre combien les Occidentaux se sont laissés bernés par le Président ougandais Yoweri Museveni, véritable instigateur de la guerre qui a réussi à se faire passer comme l’homme incontournable dans la résolution du conflit qu’il continuait à soutenir.
Cependant, n’ayant pas réussi à remporter immédiatement la victoire sur les Forces armées rwandaises, ayant plutôt subi de lourdes pertes en vies humaines, le FPR a dû changer de tactique : de la guerre conventionnelle, elle a mené la guerre de guérilla et a exigé des changements profond sur le plan politique au Rwanda.
Les chapitres 6 à 8
font état des conséquences de ce nouveau type de guerre et de l’avènement du multipartisme adopté en vue de mettre fin au conflit. Ils montrent qu’au lieu d’atteindre cet objectif positif, le multipartisme fut une des causes principales du triste dérapage du Rwanda. Documents à l’appui, Ferdinand Nahimana décrit comment le FPR s’est servi des partis politiques intérieurs et de certains de leurs dirigeants pour saper les institutions de l’État et créer le chaos dans le pays. Le FPR a accepté de s’asseoir avec la partie gouvernementale pour négocier la paix lorsqu’il a été sûr de se trouver en face de ses véritables alliés et/ou collaborateurs dirigeant la délégation gouvernementale ou en faisant partie. Le chapitre 9 décrit la conduite des négociations d’Arusha, puis les chapitres 10 et 11 montrent comment l’accord obtenu, bien qu’il était largement en faveur du FPR et de ses alliés de l’opposition politique intérieur, a été victime des calculs visant à permettre à ce front de s’accaparer totalement du pouvoir au Rwanda par les armes et non pas par les urnes.
Aidé à la fois par les trois premiers ministres: Dismas Nsengiyaremye, Agathe Uwilingiyimana et Faustin Twagiramungu, appuyé par le Général Dallaire, Commandant en chef de la force onusienne installée au Rwanda dès le deuxième semestre de 1993, le FPR parvint à accélérer sa marche vers la conquête militaire de tout le pays.
Dans le chapitre 12
Ferdinand Nahimana décrit le rôle de chacune de ces personnalités et de plusieurs de leurs coéquipiers. Il conclut par:
“Lorsque le général Paul Kagame a évalué le chemin parcouru et a jugé que le moment était opportun pour s’emparer du pouvoir”, il a annoncé au Général Dallaire : “que nous étions à la veille d'un cataclysme et qu'une fois enclenché, aucun moyen ne permettrait de le contrôler”. “C’était le 2 avril 1994. Cette annonce d’une telle gravité, faite sous un visage sombre, à voix grave, ne pouvait être confié qu’à un grand confident ou alors à un grand complice: Roméo Dallaire, commandant en chef de la force onusienne au Rwanda. Y’a-t-il plus claire prédiction de l’apocalypse?”
L’apocalypse a eu lieu. Dans le dernier chapitre (le 13ème),
Ferdinand Nahimana soutient, documents à l’appui, que les massacres suvenus au Rwanda en 1994 doivent être qualifiés de génocide. Cependant, contrairement aux thèses véhiculées jusqu’à ce jour, ce génocide n’a pas été planifié ni par le Président Habyarimana ni par les extrémistes hutu mais par les dirigeants politiques et militaires du FPR. Ils ont été aidés par certains responsables politiques rwandais de l’intérieur dont les noms et les actes sont clairement mentionnés. Certaines de leurs correspondances attestant de leur complicité dans le crime de génocide sont reproduites intégralement dans le livre. Selon les plans du FPR, ce génocide visait les membres de l’ethnie hutue et ne devait toucher que très peu les Tutsi.
Quand le Président Kagame l’a déclenché, le soir du 6 avril 1994, en assassinant le Président Habyarimana, en faisant massacrer plusieurs Hutu dans la partie sous son contrôle dès le 7 avril 1994, il a provoqué immédiatement des tueries contre les Tutsi se trouvant dans la partie contrôlée par le gouvernement rwandais. Plusieurs milliers de Tutsi ont été effectivement tués parce qu’ils étaient Tutsi, les autres l’ont été parce qu’ils avaient des biens convoités par les tueurs, d’autres ont été massacrés dans le cadre des règlements de comptes.
Le génocide planifié et déclenché par les dirigeants du FPR contre les Hutu a donc également emporté des centaines de milliers de Tutsi du Rwanda. Ce que le FPR n’avait pas prévu. Voilà pourquoi Ferdinand Nahimana trouve qu’il convient de parler de génocide rwandais pour bien rendre compte de ce qui s’est réellement produit au Rwanda d’avril à juillet 1994. Il souligne que contrairement à ce que prêche le FPR et ses supporters nationaux et étrangers, ce front n’a pas arrêté le génocide en juillet 1994. Si les Tutsi ont cessé d’être massacrés par les Hutu, le FPR a continué à massacrer de façon systématique les Hutu parce qu’ils étaient des Hutu aussi bien à l’intérieur du Rwanda qu’à l’extérieur : dans les camps de réfugiés et dans les forêts denses au Congo.
Le livre de Ferdinand Nahimana est très éclairant. Comme le souligne le Docteur Helmut Strizek dans sa préface, le “livre de Ferdinand Nahimana rend un service à la vérité et par là au peuple rwandais tout entier. Car l’entente et la coopération de toutes les composantes de la population rwandaise ainsi que la reconnaissance des différents acquis historiques qui ont fait émerger le Rwanda actuel lui tiennent tellement à coeur”.


