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Nahimana, professeur NAHIMANA Ferdinand

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La 1ère biographie sur un prisonnier politique rwandais

Découvrez ce que pense l'auteur de Nahimana : "Un idéologue dans le génocide rwandais. Enquête sur Ferdinand Nahimana"


Le jugement de Nahimana

Nahimana Ferdinand

Mercredi 28/11/2007, les Juges de la Chambre d’appel du Tribunal de l'ONU ont acquitté le Professeur Ferdinand Nahimana du crime d’entente en vue de commettre le génocide, de génocide, d’incitation directe et publique à commettre le génocide, de persécution et d’extermination. Mais il reste condamné à 30 ans de prison pour "omission". En savoir plus

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Le Blanc est arrivé, le Roi est parti. Une facette de l'histoire du Rwanda contemporain, 1884 - 1931

Le Blanc est arrivé, le roi est parti

(extrait de son livre Rwanda : L'élite Hutu accusée - 1995 à Yaoundé-Cameroun)

Ayant fait des études secondaires au petit séminaire catholique de Rwesero-Rwanda, j'ai été particulièrement intéressé par le mouvement de conversion des peuples africains au christianisme et surtout à l'oeuvre grandiose des missionnaires dans les domaines de l'enseignement, de la santé, de l'économie, etc.

A l'université, l'histoire fut ma discipline scientifique préférée : je pris alors l'option histoire au sein de la faculté des lettres de l'Université Nationale du Rwanda. En vue de l'obtention du grade de maîtrise en histoire à l'Université Laval au Canada, mon travail de fin d'études fut consacré aux missionnaires catholiques au Rwanda. Plus tard, après enrichissement grâce aux données d'archives trouvées à Bruxelles et à Rome et dans des paroisses du Rwanda, ce travail fut publié sous le titre : Le Blanc est arrivé, le Roi est parti. Une facette de l'histoire du Rwanda contemporain : 1894- 1931.

Ce livre connu surtout sous l'appellation Le Blanc est arrivé, le Roi est parti fut pris par les enseignants du secondaire, de l'université et même par les maîtres des écoles primaires comme une référence dont on ne se détache pas. Les prêtres, les religieux et les religieuses le lurent avec intérêt : le livre contient beaucoup de faits dont on ne se rappelle peut-être plus ou qu'on ne connaissait pas, il renferme des leçons dont on ne tient peut-être plus compte ou il réconforte ceux qui ont emboîté le pas des pionniers. Bref, pour les uns comme pour les autres, pour les laïcs comme pour les prêtres et religieux, pour les étudiants et chercheurs, c'est un livre qui instruit, qui aide et qui suscite des interrogations, qui montre des pistes de réponse et qui essaie de retracer les différentes étapes de l'évolution de la société rwandaise à partir du contact entre le Blanc d'Europe et le Noir du Rwanda, entre le sacré chrétien et le sacré païen, entre le dirigeant blanc et le peuple rwandais dans ses différentes hiérarchies.

Une première historique au Rwanda

Le Blanc est arrivé, le Roi est parti est un livre qui retrace pour la première fois, documents originaux à l'appui, les mécanismes suivis pour convertir les Rwandais à la civilisation occidentale. Il décrit les méthodes utilisées par les Blancs pour amener le peuple et ses dirigeants à prendre le chemin de la modernité et à braquer désormais les yeux sur un avenir plus clair et plein de promesses car dominé par l'homme blanc et ses «choses» de l'Occident.

Le Blanc est arrivé, le Roi est parti présente en même temps les diverses réactions des populations rwandaises face à l'investissement des Pères Blancs de l'église catholique et à l'installation de l'administration coloniale allemande puis belge. Il fait quelques constats : la classe dirigeante tutsi eut une résistance à la conversion chrétienne. Incarnée par le roi du Rwanda, Yuhi Musinga, cette résistance fut finalement brisée par le triumvirat Pères Blancs-Administrateurs coloniaux belges-premiers jeunes chefs tutsi convertis au christianisme. Yuhi Musinga fut destitué dans l'absolu reniement des règles traditionnelles de passation du pouvoir royal ; il fut remplacé de son vivant par son fils Mutara Rudahigwa, alors catéchumène.

Le livre fait un deuxième constat :

dans leur travail de conversion du peuple rwandais au christianisme, les prêtres catholiques venus d'Europe travaillèrent avec le menu peuple, les Hutu ; dans les premières années de leur séjour au Rwanda, ils furent repoussés entièrement par les Tutsi.

Progressivement, grâce à l'appui de l'administration coloniale belge, les Pères Blancs convertirent quelques chefs et sous-chefs tutsi qui, à leur tour, forcèrent leurs dirigés à se faire catéchumènes, puis chrétiens. Etonnés par le mouvement massif des conversions parmi le peuple rwandais, les Pères Blancs, tout en n'ignorant pas les mesures coercitives qui conduisirent à ces résultats, parlèrent du Rwanda, «pays où l'Esprit-Saint souffle en tornade».

Mais, plutôt que de continuer à collaborer avec leurs premiers convertis, les Hutu, sans exclure les nouveaux venus, les Tutsi, les missionnaires catholiques préférèrent ces derniers qu'ils qualifièrent (pour s'en rendre sympathiques) d'hommes «nés pour le commandement».

C'était dans les années 1925 - 1931. Ainsi, sans s'en rendre compte, Mgr Léon Classe, alors patron de l'église catholique du Rwanda, consacra le mythe socio-politique de la supériorité ethnique tutsi face à la majorité ethnique hutu, «bonne pour être commandée et pour servir».

Le Blanc est arrivé, le Roi est parti fait un troisième constat

Alors que la plupart des publications avaient présenté le Rwanda comme un royaume unifié depuis le XIe siècle de notre ère, comme un royaume dirigé par les rois tutsi qui se succédaient de père à fils depuis le roi mythique Gihanga, ce livre montre, documents missionnaires et coloniaux originaux à l'appui, que cette version est fausse : le Rwanda fut unifié grâce à l'intervention armée coloniale allemande mais surtout belge. Celle-ci brisa les régions autonomes du sud-ouest, du nord-ouest et du nord. Ce fut seulement en 1931 qu'on put parler d'un royaume sur lequel le roi et le Blanc régnèrent du nord au sud et de l'est à l'ouest.

Tous ces trois constats et toute l'argumentation soutenue par les documents irréfutables qui y conduit gênent les nouveaux seigneurs blancs et noirs, le nouveau sacré chrétien et le nouveau sacré païen du Rwanda actuel.

En effet, même si l'histoire ne se répète pas, quiconque aura lu Le Blanc est arrivé, le Roi est parti ne manquera pas de faire le parallélisme entre ce qui se produit aujourd'hui au Rwanda en faveur d'une minorité tutsi contre la majorité hutu et ce qui s'est passé encore au Rwanda au cours des décennies 10 et 20 de ce vingtième siècle lorsque les Hutu en général, mais en particulier ceux du sud-ouest, du nord-ouest et du nord, furent traqués et emprisonnés par l'administration féodo-coloniale, perdirent leurs anciens dirigeants tels que Ndagano, Nyirandakunze, Nyamakwa, Irangare fils de Nubaha, etc. ou furent contraints à l'exil à l'intérieur de leur pays (sur les hautes montagnes ou dans les plaines coiffées de papyrus) et même à l'extérieur de celui-ci (au Congo-belge et en territoire anglais, c'est-àdire au Zaïre et en Uganda actuels).

Plus encore en ce moment où le FPR cherche à réinstruire l'histoire du Rwanda telle qu'elle présente uniquement les Tutsi et leurs rois comme seuls artisans du Rwanda, l'existence d'un livre comme Le Blanc est arrivé, le Roi est parti gêne. Parce que ce livre a déjà l'avantage d'avoir été publié il y a quelques années (1987), qu'il a donc été lu, apprécié et même commenté, il ne manquera pas de contraindre le FPR et ses sponsors blancs et noirs de relativiser leurs élans de déformation de l'histoire du Rwanda. Il ne leur est plus permis de faire ignorer les faits repris dans ce livre, de faire table rase du passé historique du peuple rwandais et de se donner ou de donner aux autres le rôle qu'ils n'ont pas joué réellement.

Qu'un auteur comme celui de Le Blanc est arrivé, le Roi est parti soit né et existe encore, voilà ce qui gêne et qui pousse à le pourchasser pour l'éliminer ou à défaut, pour le salir en faisant de lui l'auteur des massacres et de génocide au Rwanda.

(extrait de son livre Rwanda : L'élite Hutu accusée - 1995 à Yaoundé-Cameroun)
 

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